An-Nam DURIEU
Metteur en scène, comédien

An-Nam a reçu une bourse afin de l'aider à suivre ses études à l’École du Nord

Quel est votre parcours artistique ? 
Après un parcours de journaliste à la radio mon désir profond de revenir au théâtre s'est ravivé pendant le confinement en 2020. C'était un temps très étrange, angoissant. Et en même temps un temps suspendu pour tout repenser, me recentrer et suivre l'instinct créatif qui sommeillait depuis l'enfance. 
Je me suis d'abord lancé dans un Master d'etudes théâtrales à la Sorbonne afin de penser ma pratique, nourrir mon regard et mes références sur le théâtre et la performance. 
Ensuite j'ai intégré une formation de comédiens au Studio d'Asnières où j'ai eu la chance de rencontrer et travailler avec des metteureuses en scène qui m'ont offert la possibilité de jouer. Mais je sentais déjà que le jeu ne suffisait pas à rassasier mon désir insatiable de théâtre. Je me suis donc essayé à quelques petites formes en 2024 et l'École du Nord ouvrait à ce moment une nouvelle section spécialement dédiée à la mise en scène. 
Et me voilà aujourd'hui à créer dans cette école rattachée à un centre dramatique national. Un temps précieux pour chercher, expérimenter l'écriture, la dramaturgie et la direction d'acteurices dans des projets collectifs ou plus personnels. 

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ? 
Le métier de metteur.euse en scène est tellement vaste, il embrasse les moindres espaces du théâtre, au contact de tous les métiers qui le peuplent et il se joue sur plusieurs gammes temporelles. Mais paradoxalement c'est aussi une profession sous-marine et souvent solitaire, subjective. C'est à la fois vertigineux, tentaculaire mais aussi incroyable de voir comment une création surgit de tout ce maillage. Que tout nait d'un d'une commotion, d'un désir, d'une obsession, de ces surgissements qui sont ensuite mis en partage avec les artistes et les techniciens. Mon métier est un métier de partage avec les équipes de création et bien sûr le public. J'ai surtout la chance d'apprendre un métier artistique en prise constante avec le monde et l'autre. C'est cette porosité entre le théâtre et la vie, le dedans et le dehors, la solitude et le groupe, le concret et le mental, le rêve et la raison - ces "frictions" 44- qui m'enchantent et m'activent tous les jours. 

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? 10 ans ? 
Dans 5 ans ou 10 ans, j'espère que je serai toujours en recherche. Je ne sais quelles formes vont sortir des dessous de scène mais j'ai tellement hâte de les cultiver à plusieurs, le mieux entouré possible. 
J'envisage chaque création comme un pas de plus vers la découverte, une réponse inachevée tendue face à des questions impossibles. 
En ce moment même, à l'école, je plante déjà les graines d'après demain. Pour qu'elles puissent germer je devrai surtout rester à l'affût de l'émotion. Elle prime dans ma pratique. 
Au théâtre, je cherche à rendre visible ce qui n'apparait pas encore sous mes yeux. Et pour cela je passe par la sensation, le sensible plus que le sensé. Je suis persuadé que nos sensations ont toujours un temps d'avance. Alors je dois faire tout mon possible pour rester à leur écoute, aujourd'hui pour demain. 
Elles nous aident à appréhender la complexité d'un monde saturé par les mots et les discours réducteurs, de haine et de division. Que vivent nos sensations ! 

Interview réalisée en 2026
Photographies réalisées en 2026 par Yama Ndiaye